Trop souvent réduite à son absence ou confinée aux grands débats, la dignité s'éclaire d'une perspective différente : celle d'une force qui nous redresse et s'épanouit. Ce blog mensuel dévoile des parcours inspirants et des initiatives concrètes qui l'incarnent, afin que chacun puisse s'approprier cette notion souvent abstraite et la transformer en dynamique intérieure.
RENCONTRES — Aujourd'hui, je pars à la rencontre de Ben Thouard, photographe qui a choisi de plonger sous la vague de Teahupo'o. Son amour de l'océan, son travail, révèle une facette de la dignité du territoire polynésien.
Dimanche 19h à Tahiti, 9h le lundi matin à l'île Maurice où je vis. Ben Thouard apparaît à l'écran, t-shirt bleu imprimé poisson, une lampe douce derrière lui. Entre nous, quatorze heures de décalage et deux océans _ l'Indien d'un côté, le Pacifique de l'autre.
Mais un point commun immédiat : Teahupo'o.
J'y suis allée il y a deux ans. J'ai vu cette vague de mes yeux. Senti cette puissance qui vous traverse même depuis le bateau. Alors quand Ben Thouard commence à parler, quelque chose résonne. Je ne découvre pas un territoire lointain à travers ses mots. Se lève sous mes yeux la Dame de Teahupo'o, cette mythique vague que Ben Thouard photographie depuis 18 ans pour lui restituer toute sa dignité.

(Photographie de Ben Thouard)
Quand Ben Thouard parle de Teahupo'o, sa voix change imperceptiblement : plus posée. presque recueillie, laissant deviner toute la préciosité du spot.
Photographe reconnu dans le monde du surf, il a quitté Toulon il y a vingt ans pour s'installer en Polynésie, se rapprocher de cette vague mythique qui déferle sur un récif de corail ; de cet océan Pacifique dont la lumière ne ressemble à aucune autre ; de ce territoire qu'il photographie depuis 18 ans sans jamais s'en lasser.
Mais ce qui m'intéresse aujourd'hui, ce n'est pas tant ses images _ spectaculaires, oui _ que ce qu'il a choisi de montrer...
Parce que Ben Thouard aurait pu se contenter de vendre du rêve, des images de cartes postales, des surfeurs dans des tubes parfaits sous un ciel bleu. Il a fait autre chose : Il a plongé...
Photographie et territoire : pourquoi Ben Thouard a tout quitté pour Teahupo'o
"Qu'est-ce qui t'a conduit à choisir cet océan, cette vague et à t'ancrer en Polynésie plutôt qu'ailleurs ?"
Ben Thouard revient au commencement : Toulon, le sud-est de la France. Un père qui avait un voilier. « J'ai été bercé sur les flots depuis tout petit. » Le surf découvert vers 7-9 ans. Puis la photo à l'adolescence, avec un vieil appareil de son père.
Il a rapidement allié les deux, surf et photographie. Mais ce qui l'a vraiment fait basculer, c'est Hawaï d'abord, puis Tahiti. « Je suis tombé amoureux de l'endroit. »
Alors il a décidé de rester, de s'ancrer et de se concentrer sur une seule vague : Teahupo'o.
Cela fait maintenant 18 ans qu'il photographie ce même spot. Trois livres publiés. Une reconnaissance gagnée petit à petit dans le milieu du surf. Mais surtout, une relation intime avec un lieu qui ne cesse de le surprendre.
« Ce qui est fabuleux, c'est que même après 20 ans sur le même spot, il y a des facettes nouvelles chaque jour. La lumière, la couleur de l'eau, les formes changent tout le temps. »
Vingt ans sur le même spot et il ne s'ennuie pas. Il laisse le lieu se révéler à lui, jour après jour, vague après vague.

(Photographie de Ben Thouard)
Photographie et surf : comment révéler un lieu sans le réduire à une carte postale
"Que choisis-tu de montrer pour révéler ce territoire sans le réduire à une image de carte postale ?"
Ben Thouard est très clair sur ce point. Il refuse l'esthétique facile, celle qui plaît immédiatement mais ne dit rien de profond.
« Je privilégie les photos aquatiques et sous-marines. » Dès qu'il met la tête sous l'eau, il entre dans un autre monde. Un monde qui l'émerveille par ses jeux de lumière, ses mouvements, ses textures.
Il se lasse vite des photos trop explicites. « J'aime suggérer, interpréter la réalité pour interroger celui qui regarde et susciter des émotions fortes. »

(Photographie de Ben Thouard)
Il ne veut pas documenter. Il veut révéler.
Ses images ne montrent pas des surfeurs héroïques domptant la nature. Elles montrent la vague elle-même, sa puissance, sa beauté, sa violence parfois. Et surtout, ce qui se passe sous la surface.
« Mon objectif principal est de montrer la beauté du monde sous-marin, parce que la Polynésie offre des conditions uniques au monde : une eau cristalline, des vagues parfaites.» Et derrière l'image classique du surfeur dans un tube, il y a « plein d'autres choses extraordinaires ». Tout un décor sous-marin. Tout un écosystème.
Ce qu'il photographie n'est pas un sport, mais bien un territoire vivant.
La dimension intérieure du travail de Ben Thouard
"Ton travail semble être une plongée dans la profondeur du spot, mais aussi dans une forme d'intériorité. Est-ce le cas ?"
Ben Thouard acquiesce immédiatement : « Complètement. Dès qu'on entre sous l'eau, me dit-il, la perception change, le corps est bercé, les sons sont différents. J'apparente cela à de la méditation. »
Méditation : le mot est lâché.
Ce n'est pas une métaphore. C'est vraiment ce qui se passe. Sous l'eau, il devient très observateur. Les idées directives de ses trois livres lui sont venues sous l'eau, lors de ces sessions où il se sent inspiré, bercé par l'élément.
Il ne cherche pas à contrôler mais il accueille, observe et laisse venir la prochaine image.
« Dans une société qui va à 2000 à l'heure, le monde naturel demande de prendre le temps de s'immerger pour comprendre l'écosystème. »
Ce qu'il décrit là, c'est une posture. Une manière d'être face au monde, juste, une présence attentive, patiente, respectueuse.

(Ben Thouard)
Regard sur la Polynésie : ce que la photographie sous-marine transforme dans nos imaginaires
"Quand ton travail circule — dans les médias, les marques, les imaginaires — qu'est-ce qu'il vient transformer dans la manière dont on regarde le territoire polynésien ?"
Ben Thouard réfléchit un instant avant de répondre. Il m'explique d'abord ce qu'il refuse : l'esthétique "carte postale". Les images évidentes, classiques. Son travail est plus personnel, me dit-il. Il tend parfois vers l'abstrait.
Son premier livre était simple à lire. Le troisième est plus délicat à comprendre.
Parce qu'il a évolué. Au début, il photographiait le surf. Maintenant, il photographie l'eau, la lumière, les textures, les mouvements. Il privilégie l'émerveillement face à l'élément aquatique plutôt que la simple documentation d'un sport.
« Je veux montrer qu'il existe plein d'autres choses extraordinaires derrière l'image classique du surfeur dans un tube. »

(Photographie de Ben Thouard)
Ce qu'il fait, c'est inviter le spectateur à regarder sous la surface, Littéralement et métaphoriquement.
La Polynésie n'est pas qu'un décor paradisiaque pour vacanciers en quête d'exotisme. C'est un écosystème complexe, fragile, extraordinaire. Un monde vivant qui mérite qu'on prenne le temps de le comprendre. Et pour le comprendre, il faut plonger, observer tout en étant patient.
« Il est inconcevable de venir ici sans mettre la tête sous l'eau », me dit-il.
Ce que révèle ce portrait
Ben Thouard est bien plus qu'un photographe de surf qui s'est spécialisé sur un spot. C'est quelqu'un qui a choisi de s'ancrer dans un territoire et de se mettre à son service.
De le révéler dans sa complexité, sa profondeur, sa dignité. Parce que la dignité d'un territoire, ce n'est pas son potentiel touristique mais sa capacité à exister pour lui-même, au-delà des regards qui le consomment.
Si vous allez à la rencontre de la Dame de Teahupo'o et de son océan, rappelez- vous l'invitation de Ben Thouard : celle de plonger, de regarder sous la surface, de prendre le temps. Parce que c'est là, dans cette patience et cette observation, que la dignité d'un lieu — et la nôtre — peut vraiment s'épanouir.
Ce qu'il nous transmet :
→ La fidélité à un lieu révèle plus que le survol du monde
→ Ce qui est sous la surface mérite autant d'attention que ce qui brille
→ Prendre le temps d'observer, c'est déjà une forme de respect
→ La dignité d'un territoire se défend en refusant de le réduire
Son actualité : Son dernier livre est sorti en novembre 2025, vous le retrouvez sur son site : https://benthouard.com/ Une exposition aura lieu à Genève, à la galerie Artipic, de mi-mai à mi-juillet, avec une signature le 25 juin 2026 : https://artypiquegalerie.com/expositions/
Fondatrice de la Voie de la Dignité et du cabinet Optima Dolce® Consulting, je suis l'auteure de la Fresque de la Dignité; un dispositif unique déployé auprès des individus et des organisations. J'anime également Les Échos de la Dignité : un blog qui part à la rencontre de personnalités qui contribuent à promouvoir la dignité d'un territoire, d'une marque, d'une institution.
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Chaque mois, retrouvez le dernier portrait des Échos de la Dignité, les actualités de l'initiative et La Minute Dignité; un regard sur le monde à travers le prisme de la dignité.

